Les circonstances de la publication

 

Lettre à Ménage, juin ou juillet 1662

« Cet honnête Ferrarais qui était à moi m'a dérobé une copie de la Princesse de Montpensier et l'a donnée à vingt personnes. Elle court le monde, mais par bonheur ce n'est pas sous mon nom. Je vous conjure, si vous en entendez parler, de faire bien comme si vous ne l'aviez jamais vue et de nier qu'elle vienne de moi si par hasard on le disait. »

 

Le 27 juillet 1662 : Augustin Courbé, libraire, prend un privilège du roi.
L'impression de La Princesse de Montpensier commence à la mi-août, ce qui fait frétiller Mme de Lafayette d'excitation et d'impatience.

Lettre à Ménage, le 16 août 1662

« J'ai bien envie de vous voir et bien envie de voir mes œuvres sortant de la presse. Si vous voulez venir demain céans à une heure ou deux, je serai avec vous jusques à trois et demie. Je vous donne le bonsoir. »

 

Lettre à Ménage, le 17 août 1662

« Je croyais avoir de vos nouvelles aujourd'hui et de celles de la P. de M. [...] Je voudrais bien voir demain matin la première feuille, si elle est tirée. »

 

Le lendemain, 19 août 1662, Thomas Jolly et Louis Billaine, libraires, rachètent son provilège à Augustin Courbé, et s'associent à Charles de Sercy, libraire ; ainsi, le livre sera vendu chez trois libraires différents, signe qu'ils anticipent un futur succès.

Le 20 août, le livre est achevé d'imprimer.

 

Lettre à Ménage, fin août 1662

« Je vous prie de demander au libraire jusques à trente exemplaires de notre Princesse. Je ne me soucie pas trop qu'ils soient tous si parfaitement bien reliés. J'en voudrais seulement une demi-douzaine qui le fussent fort et je les voudrais de maroquin et dorés sur tranche. S'ils n'en veulent pas tant donner comme cela, je m'en contenterai de quatre. Je vous en renvoie deux afin que vous en donniez à Mlle de Scudéry et à Mme Amelot et vous en prendrez pour vous de ceux qui seront bien reliés que vous garderez s'il vous plaît, car je prétends que mes œuvres aient place dans votre bibliothèque. »

Lettre à Ménage, fin août ou début septembre 1662

« Je n'ai pris que deux exemplaires et je renvoie les autres puisque vous les trouvez mal reliés. J'en ai marqué un avec un petit papier. Il y a une faute épouvantable à la cinquante-huitième page qui ôte tout le sens, mais cela est sans remède. Voulez-vous venir demain dîner et étudier avec moi ? Mandez-moi demain matin si vous y viendrez. »

 

Lettre à Huet, le 15 octobre 1662

« Je vous avais bien donné une Princesse de Montpensier pour Araminte, mais je ne vous l'avais pas remise pour la lui donner comme une de mes œuvres. Elle croira que je suis un vrai auteur de profession de donner comme cela de mes livres. Je vous prie, raccommodez un peu ce que cette imaginative pourrait avoir gâté à l'opinion que je souhaite qu'elle ait de moi. »

 

Le succès de La Princesse de Montpensier est immédiat. Cinq nouvelles éditions vont paraître du vivant de l'auteur, en 1671, 1674, 1678, 1679 et 1684, suscitant des louanges dont se font l'écho certains critiques. Pourtant l'auteur refuse obstinément de se dévoiler.

Lettre à Lescheraine, le 13 avril 1678

« Un petit livre qui a couru il y a quinze ans et où il plut au public de me donner part, a fait qu'on m'en donne encore à La Princesse de Clèves. Mais je vous assure que je n'y en ai aucune et que Monsieur de La Rochefoucauld, à qui on l'a voulu donner aussi, y en a aussi peu que moi. »


Et pour compléter sur les corrections de Ménage et les divers manuscrits et éditions